Star à 13 ans
c'est l'héroïne de "Léon" et elle ne manque pas d'air.

Tiré du ELLE Français du 19 Septembre 1994.

Interview Jean-Jacques Naudet, Photos Jean-Marie Périer.

 

     Natalie Portman a été choisie entre deux mille candidates pour être l'héroïne de "Léon", le premier film américain de Luc Besson. Petite fille dans un monde de tueurs, elle ne se dégonfle pas. Dans la vie aussi, "la petite" a de l'abattage! Ecoutons-la.


     Je soussigné, Naudet Jean-Jacques, sain de corps et d'esprit, certifie avoir recueilli, le 24 août 1994 à New York (NY), USA, la déposition de Mademoiselle Natalie Portman, née le 9 juin 1981, héroïne du nouveau film de Luc Besson.


     Je suis née à Jérusalem, en Israël. Trois années après ma naissance, mes parents sont venus aux Etats-Unis. Nous avons vécu dans le Maryland, le Connecticut et aujourd'hui dans la banlieue de New York. Maman est une artiste femme au foyer, papa est un docteur spécialiste des problèmes de fertilité. Ne me demandez pas où je vis, je ne peux me permettre de donner cette indication à quiconque. SVP, n'insistez pas !
J'étais dans une école privée mais, cette année (NDLR: en cinquième), je reviens dans une école publique. J'étais très malheureuse dans mon école privée.
     J'adore la danse. Toutes sortes de danses : classique, ballet, claquettes. J'oublie tout quand je danse. J'ai commencé à 4 ans, à 8, c'est devenu plus sérieux, mais ne vous méprenez pas, je n'ai jamais envisagé d'en faire une carrière. Ballerine ? Non. J'aime aussi lire et écrire : tout ce qui me permet d'exprimer mes émotions et mes sentiments. Bien sûr, je tiens aussi un journal intime des moments importants de ma vie. Je ne le tiens pas quotidiennement, je n'en vois pas la nécessité. Le chant est une autre de mes passions.
     Je suis végétarienne, je ne crois pas qu'il soit juste de tuer des animaux pour se nourrir. L'idée me révulse. Mes parents ont très bien compris. Je suis végétarienne depuis cinq ans et depuis deux ans j'ai aussi arrêté le poisson. Imaginez que nous soyons à la place des vaches et que les vaches soient devenues les humains. Etes-vous allé dans un abattoir? C'est un camp de concentration. Elles ont des numéros marqués sur leurs oreilles et chaque jour un certain nombre d'entre elles entrent dans un bâtiment, dont elles ne ressortent jamais.
     Vous voulez savoir comment j'ai rencontré Luc Besson ? Un jour, mon agent m'a convoquée pour une audition avec son casting director. Ce fut une catastrophe : "Trop jeune". Cela ne m'a pas trop troublée. Quand vous allez à des auditions, il y a une règle du jeu : vous pouvez ne pas être choisie. Ce qui ne signifie nullement que vous êtes mauvaise, mais que vous ne correspondez pas parfaitement au profil désiré. Vous oubliez alors et vous pensez à la prochaine audition. Deux semaines plus tard, le casting director a retéléphoné, puis il y a eu des tests et des tests et des tests encore. Besson a vu deux mille filles à Paris, New York, Los Angeles, Chicago et Toronto. Puis cent, puis dix, puis six et je fus choisie. Mes parents n'étaient pas très favorables au départ. Dans le scénario original, il y avait une scène dénudée... L'héroïne tuait et était très provocante. J'ai suggéré quelques changements. Luc Besson les a acceptés. Il n'y avait pas beaucoup de choses à changer en fait, juste celles qui me mettaient mal à l'aise. Ne perdez jamais ceci de vue : un film est regardé par des millions de gens dans le monde. Un personnage médiocre, une scène dénudée, et imaginez-vous dans la rue ensuite... Le tournage a duré quatre mois. Deux à New York, deux à Paris. J'adore Paris. Même les McDonald's y sont propres, contrairement à New York.
     Mon rôle dans le film est celui d'une petite fille naïve et introvertie. Elle fait semblant de comprendre les choses, mais, en fait, elle ne comprend rien, surtout pas les motivations. Luc Besson a été formidable. C'est le plus grand metteur en scène que je connaisse. Il m'a beaucoup aidée à développer mes possibilités. Aujourd'hui, je me sens plus aguerrie, avec plus d'expérience. Cependant, je n'ai nulle envie de partir pour Hollywood. Je ne crois pas que vous puissiez être une grande actrice si vous ne vivez pas une vie normale, et à Hollywood vous êtes hors du contexte et de la réalité de la vie quotidienne. Tous ces gens qui gagnent dix millions de dollars par film et qui ne font rien pour les autres ! Je trouve cela révoltant. La misère est partout et personne ne fait rien, Je ne comprends pas pourquoi.
     Je rêve d'interpréter le rôle d'Anne Frank, même s'il y a déjà eu plusieurs versions. J'ai aussi lu le livre de cette jeune fille en Bosnie (*) que l'on compare à Anne Frank. J'ai été tentée par le rôle mais, à la lecture, j'ai été déçue. Bien sûr, les faits sont vrais, mais l'écriture paraît un peu fausse. L'histoire d'Anne Frank, elle, est une histoire sublime. Ce sont des rôles comme celui-là que je veux jouer. Etre mannequin ne m'intéresse pas, il n'y a rien dans ce métier, aucune stimulation intellectuelle. Je ne suis pas non plus intéressée par l'argent. Si je veux être actrice, c'est pour la vocation : rien d'autre.


* Note d'Olórin : ça doit être Le Journal de Zlata, j'ai lu le livre et j'ai beaucoup aimé, j'ai même rencontré Zlata par la suite et j'en suis tombé amoureux ;o)
La façon dont "l'interview" est retranscrite me paraît bizarre, les propos de Nat sont, à mon avis, un peu amplifiés...

 

Interview recopiée par Olórin et mise à disposition sur :
http://lovelynat.free.fr

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